Terminale, chapitre sur l’École. Deux activités, une par objectif du chapitre. La première regarde où s’inscrivent les nouveaux bacheliers selon leur origine sociale ; la seconde, ce que deviennent un an après ceux qui sont entrés en première année de licence. Elles portent sur les bacheliers de la même année mais ne suivent pas les mêmes élèves. La question du titre est celle de l’auteur, non une notion du programme : les fiches la ramènent à ce qui se mesure. Fiches et corrigés sont écrits à partir des séries elles-mêmes : un chiffre y change quand la série change. Les figures et la compilation des données sont sous licence CC BY 4.0, à reprendre en citant la source ; les questions demandent de constater, de calculer, de comparer ou d’expliquer un mécanisme, aucune ne demande de trancher une politique.

Terminale — Après le bac : les mêmes voies pour tous ?

Programme. Chapitre « Quelle est l’action de l’École sur les destins individuels et sur l’évolution de la société ? » — « comprendre l’évolution, depuis les années 1950, des principaux indicateurs mesurant l’accès à l’école et à l’enseignement supérieur (taux de scolarisation, taux d’accès à un diplôme ou à un type de formation) en distinguant les processus de massification et de démocratisation » (Éduscol).

Du programme au document. Le programme demande une évolution depuis les années 1950 ; la figure donne une seule année, celle des bacheliers 2023. Elle porte sur l’accès à un type de formation, pour les seuls bacheliers qui poursuivent leurs études : ceux qui ne s’inscrivent nulle part n’y figurent pas. Elle décrit des inscriptions observées, non des choix : une inscription dépend aussi de la série du baccalauréat, des candidatures et des admissions. « Université » comprend les IUT ; les sections de technicien supérieur (STS) comprennent l’apprentissage. L’origine sociale est la catégorie socioprofessionnelle du parent, telle que la source la classe, sans jugement sur les personnes ; elle est renseignée pour 88,9 % des inscrits.

Durée indicative : 20 à 30 minutes pour les questions 1 à 5 ; la question 6 est un prolongement. Support : la figure ci-dessous, construite pour cette activité à partir d’un tableau du service statistique du ministère de l’Enseignement supérieur (SIES).

Sept barres horizontales empilées à 100 %, une par catégorie socioprofessionnelle du parent puis l'ensemble : part des nouveaux bacheliers inscrits à l'université, en classes préparatoires, en sections de technicien supérieur et dans d'autres formations. Les valeurs sont dans le tableau qui suit la figure.
Source : MESRE-SIES, État de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation en France n° 18. Agrandir la figure
Les valeurs de la figure en tableau

Nouveaux bacheliers 2023 inscrits dans l'enseignement supérieur, par filière, en % de chaque catégorie.

Origine socialeUniversité (dont IUT)Classes préparatoiresSections de technicien supérieurAutres formations
Agriculteurs, artisans, commerçants, chefs d'entreprise48,18,824,618,6
Cadres, professions intellectuelles supérieures55,214,29,920,7
Professions intermédiaires61,16,319,613,0
Employés60,54,822,711,9
Ouvriers43,43,846,06,8
Retraités, inactifs45,34,342,47,9
Ensemble (origine renseignée)53,58,024,314,1

Fiche élève

  1. Relevez la part des nouveaux bacheliers inscrits en sections de technicien supérieur, puis en classes préparatoires, pour les enfants de cadres et pour les enfants d’ouvriers.
  2. Pour chacune de ces deux filières, calculez combien de fois l’inscription est plus fréquente dans une catégorie que dans l’autre.
  3. Quelle est la première destination des enfants d’ouvriers ? Celle des cinq autres catégories ?
  4. Pour l’université, puis pour les classes préparatoires, calculez l’écart entre la catégorie la plus représentée et la moins représentée, d’abord en points, puis en rapport (la plus grande part divisée par la plus petite). Les deux mesures donnent-elles la même image ?
  5. Ce document permet-il d’affirmer que les élèves d’origines sociales différentes choisissent différemment ? Justifiez, puis citez deux informations qu’il faudrait connaître pour répondre.
  6. Prolongement. Le programme distingue massification et démocratisation. Que faudrait-il ajouter à ce document pour parler de l’une et de l’autre ? Quelles données permettraient de savoir si les écarts observés ici et ceux de l’activité suivante concernent les mêmes élèves ?
Corrigé pour l'enseignant
  1. Sections de technicien supérieur : 9,9 % des enfants de cadres, 46,0 % des enfants d’ouvriers. Classes préparatoires : 14,2 % et 3,8 %.
  2. L’inscription en STS est 4,6 fois plus fréquente pour les enfants d’ouvriers ; l’inscription en classes préparatoires, 3,7 fois plus fréquente pour les enfants de cadres.
  3. Les STS pour les enfants d’ouvriers (46,0 %, contre 43,4 % à l’université) ; l’université pour les cinq autres catégories, y compris les enfants de retraités et d’inactifs, pour qui les deux parts sont proches (45,3 % et 42,4 %).
  4. Université : 17,7 points d’écart, un rapport de 1 à 1,4. Classes préparatoires : 10,4 points, un rapport de 1 à 3,7. En points, l’écart est plus faible pour les classes préparatoires ; en rapport, il est bien plus fort. Une filière qui accueille peu d’élèves ne peut pas produire un grand écart en points : le rapport dit mieux ce qui sépare les catégories, l’écart en points dit mieux combien d’élèves sont concernés. Aucune des deux mesures n’est la bonne en soi.
  5. Non. Le document établit que les inscriptions diffèrent selon l’origine sociale ; il n’observe ni les vœux, ni les admissions, ni les raisons. Une partie de l’écart tient à la série du baccalauréat, que ce tableau ne croise pas avec l’origine : 93,3 % des nouveaux inscrits en classes préparatoires ont un baccalauréat général, contre 23,1 % en STS, où 42,6 % ont un baccalauréat professionnel ; et parmi les bacheliers généraux, 34,8 % sont enfants de cadres et 9,9 % enfants d’ouvriers, contre 9,0 % et 21,0 % parmi les bacheliers professionnels. L’origine sociale est donc associée à la filière d’inscription, et une partie de cette association passe par le parcours scolaire antérieur ; ces tableaux ne permettent pas de dire quelle partie. Informations à connaître : la série et les résultats au baccalauréat, les vœux formulés, les propositions reçues, la distance aux formations, les ressources de la famille.
  6. Pour la massification, il faudrait la part d’une génération qui accède au baccalauréat puis à l’enseignement supérieur, à plusieurs dates. Pour la démocratisation, ce même tableau à plusieurs dates, pour voir si l’origine pèse moins qu’avant sur la filière suivie. Ici, une seule comparaison est possible : d’une année à la suivante, aucune valeur ne bouge de plus d’un point et demi (46,0 % puis 45,8 % d’enfants d’ouvriers en STS, 14,2 % puis 14,1 % d’enfants de cadres en classes préparatoires), ce qui ne dit rien d’une évolution longue. Les deux activités de cette page ne suivent pas les mêmes élèves : celle-ci porte sur tous les bacheliers qui poursuivent, la suivante sur les seuls entrants en licence. Pour savoir si les écarts se cumulent au fil des parcours, il faudrait suivre les mêmes élèves, du baccalauréat aux années suivantes.

Données : acces_superieur.csv, une ligne par année, origine et filière.

Terminale — Après une première année de licence : les mêmes suites pour tous ?

Programme. Chapitre « Quelle est l’action de l’École sur les destins individuels et sur l’évolution de la société ? » — « Comprendre la multiplicité des facteurs d’inégalités de réussite scolaire (notamment, rôle de l’École, rôle du capital culturel et des investissements familiaux, socialisation selon le genre, effets des stratégies des ménages) dans la construction des trajectoires individuelles de formation » (Éduscol).

Du programme au document. Le programme porte sur l’École dans son ensemble ; la figure suit les bacheliers entrés en première année de licence à l’université. Elle ne décrit pas les parcours de tous les entrants dans l’enseignement supérieur ; les départs de la licence vers un BUT, une section de technicien supérieur, une classe préparatoire ou une école y sont comptés comme réorientations. Elle décrit une situation d’inscription un an après, non un échec ni une erreur. Quatre définitions de la source sont nécessaires à la lecture. « Passé en deuxième année » comprend l’inscription en troisième année et, pour les licences accès santé, l’entrée en études de santé. « Recommencer une première année » comprend les changements de discipline à l’intérieur de la licence. « Réorienté » désigne une inscription dans une autre formation que la licence. « Non retrouvé » désigne un étudiant absent des fichiers d’inscription : la source parle de « sortie de l’enseignement supérieur », bien que certains étudient à l’étranger ou dans une formation que ces fichiers ne suivent pas. L’origine sociale est une catégorie statistique, construite par le service statistique du ministère à partir de la profession du parent référent ; elle ne porte aucun jugement sur les personnes.

Durée indicative : 20 à 30 minutes pour les questions 1 à 5, selon les acquis des élèves ; la question 6 est un prolongement. Support : la figure ci-dessous, construite pour cette activité à partir des tableaux du SIES.

Cinq barres horizontales empilées à 100 %, une par origine sociale puis l'ensemble : part des étudiants passés en deuxième année, recommençant une première année, réorientés hors de la licence ou non retrouvés dans les fichiers d'inscription. La part passée en deuxième année diminue de l'origine très favorisée à l'origine défavorisée ; la part réorientée reste presque la même. Les valeurs sont dans le tableau qui suit la figure.
Source : MESRE-SIES, Note Flash n° 29, novembre 2025. Agrandir la figure
Les valeurs de la figure en tableau

Bacheliers 2023 inscrits en première année de licence : situation à la rentrée 2024, en % des inscrits.

Origine socialePassés en 2ᵉ annéeRecommencent une 1ʳᵉ annéeRéorientés hors licenceNon retrouvés
Très favorisée58,020,310,411,4
Favorisée50,524,110,914,5
Assez défavorisée46,726,311,016,1
Défavorisée39,732,210,617,4
Ensemble49,125,410,814,7

Fiche élève

  1. Relevez la part des étudiants passés en deuxième année pour l’origine très favorisée et pour l’origine défavorisée. Quel est l’écart en points ?
  2. Relevez la part des étudiants réorientés hors de la licence dans chacune des quatre origines. Que remarquez-vous ?
  3. Pour chacune des deux origines extrêmes, calculez la part des étudiants non passés en deuxième année (100 moins la part des étudiants passés). Parmi ces étudiants, quelle proportion n’est plus retrouvée dans les fichiers d’inscription ? Aide : part des non retrouvés ÷ part des non-passés × 100.
  4. Calculez l’écart entre les deux origines pour la part des étudiants non retrouvés, d’abord sur tous les inscrits (figure), puis parmi les seuls étudiants non passés (question 3). Pour chacun des deux calculs, précisez quelle population sert de dénominateur.
  5. Le programme cite plusieurs facteurs d’inégalités de réussite scolaire : rôle de l’École, capital culturel et investissements familiaux, stratégies des ménages. Proposez un mécanisme par lequel l’un d’eux pourrait jouer sur le fait de recommencer, de se réorienter ou d’arrêter. Quelle donnée faudrait-il pour le vérifier ?
  6. Prolongement, chapitre sur la justice sociale. La figure décrit des parcours différents selon l’origine sociale. En quoi ces écarts peuvent-ils éclairer la question de l’égalité des chances ? Permettent-ils de conclure sur l’égalité des droits ou sur l’égalité des situations ? Justifiez.
Corrigé pour l'enseignant
  1. 58,0 % et 39,7 % : un écart de 18,3 points.
  2. 10,4 %, 10,9 %, 11,0 % et 10,6 % : presque le même taux d’une origine à l’autre, alors que les trois autres devenirs s’écartent. À préciser aux élèves : il s’agit des départs vers une autre formation que la licence. Un étudiant qui recommence une première année dans une autre discipline ou un autre établissement est compté avec les redoublants ; c’est le cas de 8,0 % des inscrits d’origine très favorisée et de 12,1 % de ceux d’origine défavorisée.
  3. Non passés : 42,0 % et 60,3 % des inscrits. Non retrouvés parmi eux : 11,4 ÷ 42,0, soit 27,1 % ; 17,4 ÷ 60,3, soit 28,9 %.
  4. Sur tous les inscrits, l’écart est de 6,0 points (11,4 % et 17,4 %). Parmi les seuls étudiants non passés, les deux proportions sont proches : 1,8 point d’écart avec les valeurs arrondies de la question 3, 1,7 point pour l’élève qui garde ses décimales jusqu’au bout ; les deux démarches sont justes. Le dénominateur a changé : on rapporte les étudiants non retrouvés aux seuls non-passés de chaque origine. L’écart observé sur tous les inscrits correspond donc surtout à la différence de fréquence du non-passage. C’est une décomposition arithmétique, non une explication : les deux groupes de non-passés ne sont pas nécessairement comparables, et le tableau relève une seule situation à la rentrée suivante, non un échec suivi d’une réaction. Parmi ces étudiants, l’inscription dans une autre formation que la licence est plus fréquente pour l’origine très favorisée (24,8 % contre 17,6 %), la réinscription en première année pour l’origine défavorisée (53,4 % contre 48,3 %). Le tableau ne dit pas si ces parcours répondent à une erreur d’orientation, à une contrainte ou à un choix. Ces constats se retrouvent sur les trois cohortes comparables, entrées de 2021 à 2023.
  5. Plusieurs réponses sont recevables, à titre d’hypothèses : connaître les formations vers lesquelles se réorienter (capital culturel), pouvoir financer une année de plus (investissements familiaux), choisir une filière en anticipant ses débouchés (stratégies des ménages). La figure ne permet d’en vérifier aucune. La même source montre de forts écarts de passage selon la mention au baccalauréat, 80,6 % pour la mention très bien contre 10,4 % après une admission au second groupe d’épreuves, mais elle ne croise pas la mention et l’origine sociale : ces tableaux ne permettent ni d’isoler l’effet propre de chaque caractéristique, ni de comparer leur poids. On décrit donc une association avec l’origine sociale, sans lui attribuer une cause. Il faudrait croiser origine sociale, parcours scolaire antérieur et formation suivie, recueillir les motifs des décisions et suivre les étudiants au-delà d’un an : un étudiant non retrouvé peut revenir.
  6. La figure décrit des fréquences de parcours différentes selon l’origine sociale, parmi des étudiants déjà entrés en licence. Elle permet d’interroger l’égalité des chances, que la ressource d’accompagnement du programme définit comme l’indépendance entre la situation sociale acquise et la situation sociale héritée, sans identifier les causes des écarts. Comparer des étudiants de même préparation scolaire apporterait un éclairage de plus, mais cette préparation peut elle-même porter la trace d’inégalités antérieures. La figure ne renseigne ni les règles d’inscription, donc l’égalité des droits, ni la répartition des ressources et des positions sociales, donc l’égalité des situations.

Données : parcours_licence.csv, une ligne par cohorte, origine et devenir.

Méthode et sources

Après le bac. La figure reprend le tableau 13.03 de L’état de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation en France n° 18 (MESRE-SIES) : nouveaux bacheliers 2023 inscrits dans les différentes filières selon l’origine sociale, France métropolitaine et DROM. Les six catégories sont celles de la source, dans son ordre ; les 11,1 % d’inscrits dont l’origine n’est pas renseignée ne sont pas répartis par la source et ne figurent pas. Les rapports et les écarts sont un calcul de cette page. L’édition n° 19, qui porte sur les bacheliers 2024, sert de témoin ; la série du baccalauréat par filière et par origine vient de la fiche 09 de l’édition n° 18. L’année retenue est celle de la cohorte de l’activité sur la licence. Pages consultées le 2 octobre 2026.

Licence. La figure est construite pour cette page à partir des tableaux nationaux qui accompagnent la Note Flash n° 29, novembre 2025 du SIES, « Parcours et réussite en licence » (feuille « Devenir cohorte 2023 » ; 188 526 néo-bacheliers, universités et établissements assimilés, France entière). L’origine sociale est celle du parent référent, que le SIES regroupe en quatre classes : très favorisée (cadres, enseignants), favorisée (professions intermédiaires), assez défavorisée (employés), défavorisée (ouvriers) ; les 3,8 % d’étudiants dont l’origine n’est pas renseignée n’ont pas de barre distincte et restent compris dans l’ensemble. Les quatre devenirs laissent 9 étudiants hors compte ; les barres reprennent les taux publiés, arrondis au dixième, dont la somme peut différer légèrement de 100 %. Les parts calculées parmi les étudiants non passés sont un calcul de cette page, non une publication du SIES. Trois cohortes seulement sont comparables : avant celle de 2021, le tableau ne suivait pas les réorientations hors de l’université. Tableurs téléchargés le 2 octobre 2026 ; les données publiques du ministère sont mises à disposition sous Licence Ouverte. L’extrait du programme vient de l’annexe « Programme de sciences économiques et sociales de terminale générale » publiée par Éduscol, la définition de l’égalité des chances de sa ressource d’accompagnement sur la justice sociale (août 2020).

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