Ne pas pouvoir faire face à une dépense imprévue, est-ce une affaire de pauvreté ? En partie seulement. En France, en 2025, 65,9 % des personnes sous le seuil de pauvreté sont dans ce cas, et 21,6 % au-dessus. Mais au-dessus du seuil, la composition du foyer change tout : 46,9 % des parents seuls ne pourraient pas faire face à une dépense imprévue, contre 18,6 % des couples avec un enfant.
Données du : 26 octobre 2026 Eurostat, enquête EU-SILC, jeu ilc_mdes04 : France et Union européenne à 27, séries complètes depuis le début de l'enquête ; écarts étudiés de 2015 à 2025. Télécharger : CSV · JSON
Qui ne pourrait pas faire face à une dépense imprévue ?
En France, en 2025, 28,8 % des personnes vivent dans un ménage qui, selon ses propres déclarations, ne pourrait pas faire face, par ses seuls moyens, à une dépense imprévue de 1 000 € : près de trois sur dix. Le revenu pèse lourd. Sous le seuil de pauvreté, la part atteint 65,9 %, environ deux tiers ; au-dessus, 21,6 %, environ une sur cinq.
Mais le revenu ne dit pas tout. Au-dessus du seuil, là où le classement par le revenu dit « pas pauvre », la composition du foyer sépare nettement les situations.
Part des personnes (et non des ménages), déclaratif ; seuil de pauvreté : 60 % du revenu médian par unité de consommation (Eurostat, EU-SILC).
Le résultat en une phrase. En France, en 2025, au-dessus du seuil de pauvreté, 46,9 % des parents seuls ne pourraient pas faire face à une dépense imprévue, contre 18,6 % des couples avec un enfant, soit 28,3 points d’écart.
Deux explications, un test
On pourrait croire que tout se joue sur le revenu : être au-dessus ou en dessous du seuil de pauvreté. Si c’était le cas, deux foyers situés du même côté du seuil devraient avoir des parts voisines. Le test compare des foyers qui diffèrent d’abord par une chose : un adulte de plus ou de moins.
Avec un enfant, passer de deux adultes à un seul ajoute 28,3 points au-dessus du seuil en 2025, et de 21 à 30 points chaque année depuis 2015.
Sans enfant, le même passage n’ajoute que 9,4 points (de 9 à 13 points sur la même période).
Le nombre d’enfants ne suffit pas à expliquer l’écart. La statistique compte comme « parent seul » tout adulte seul avec un enfant ou plus ; face aux couples avec deux enfants, l’écart reste de 29,3 points.
Au-dessus du seuil, l’écart entre foyers d’un et de deux adultes est donc deux à trois fois plus grand avec des enfants que sans. Il persiste dans toute la série, mais il ne permet pas d’isoler l’effet propre de la composition familiale : le nombre et l’âge des enfants, l’emploi, les transferts sociaux et les charges peuvent aussi différer entre ces foyers. En dessous, il se resserre (5,1 points en 2025) : parents seuls comme couples avec un enfant y sont en grande majorité exposés. Être au-dessus ou en dessous du seuil ne suffit donc pas à expliquer ces écarts.
Ce que le test ne tranche pas. Une troisième explication reste possible : au-dessus du seuil, les parents seuls pourraient être en moyenne plus proches du seuil que les couples avec un enfant. Le jeu d’Eurostat ne détaille pas la position dans la tranche de revenu ; il ne permet donc pas de séparer ce que pèse la composition du foyer de ce que pèse cette position.
Le même constat dans l’Union européenne
Dans l’Union européenne à 27, 29,2 % des personnes ne pourraient pas faire face à une dépense imprévue en 2025. Au-dessus du seuil de pauvreté, le passage de deux adultes à un seul ajoute 22,8 points avec un enfant (de 20 à 24 points depuis 2015), contre 10,1 points sans enfant (de 10 à 11). Le constat n’est pas propre à la France.
Ce que ces données ne disent pas
Une déclaration, pas un compte en banque. La question porte sur la capacité perçue du ménage à payer une dépense imprévue sans aide extérieure ni nouvel emprunt ; elle ne mesure ni l’épargne ni les actifs disponibles.
Un montant plus bas que la règle commune. En France, l’enquête de 2025 porte sur une dépense de 1 000 € (Insee). Le guide d’Eurostat fixe ce montant, pays par pays, au douzième du seuil de pauvreté tiré de l’enquête menée deux ans plus tôt, arrondi à 5 % près : environ 1 209 € pour la France en 2025, sur le seuil de 2023. La question française porte donc sur une somme plus faible, ce qui compte quand on compare son niveau à celui d’autres pays ; elle ne touche pas la comparaison entre ménages français, qui répondent tous à la même question.
Des personnes, pas des ménages. Les parts sont calculées sur les personnes : un enfant d’un foyer exposé compte comme exposé.
Le seuil de pauvreté est relatif. Il vaut 60 % du revenu médian par unité de consommation ; il tient compte de la taille du ménage, pas de la réserve dont il dispose.
Une association, non une cause. Le graphe montre que la composition du foyer et la vulnérabilité au choc vont ensemble, pas que l’une produit l’autre ; la position dans la tranche de revenu n’est pas contrôlée.
Une précision non publiée. Eurostat ne publie pas d’intervalle de confiance pour ces sous-groupes ; aucune des valeurs utilisées n’est signalée par Eurostat comme peu fiable. Ce signal ne dit pas qu’un écart de quelques dixièmes de point est significatif : la page ne commente que des écarts de plusieurs points.
Des ruptures de série. Eurostat signale des ruptures en France en 2020 et 2022 : les plages pluriannuelles se lisent avec prudence. Le constat principal compare des ménages la même année, et la rupture ne l’atteint pas.
Sources
Eurostat, enquête européenne sur les revenus et les conditions de vie (EU-SILC), jeu ilc_mdes04 (« Incapacité à faire face à des dépenses financières imprévues »), relevé par l’API de diffusion. Calculs de l’auteur : écarts entre compositions de ménage, plages annuelles.
Montant de la question : Insee, communiqué de lancement de l’enquête SRCV du 31 janvier 2025 (« Êtes-vous en mesure de faire face à une dépense imprévue d’un montant de 1 000 euros ? ») ; règle commune : Eurostat, EU-SILC Methodological guidelines, 2025 operation, variable HS060, p. 154 ; seuil de pauvreté d’une personne seule : Eurostat, jeu ilc_li01, relevé par le script.
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Ne pas pouvoir faire face à une dépense imprévue : le revenu ne dit pas tout (France, 2025)
Au-dessus du seuil de pauvreté, 46,9 % des parents seuls ne pourraient pas faire face à une dépense imprévue, contre 18,6 % des couples avec un enfant : le revenu relatif ne dit pas tout de la capacité d'encaisser un choc.
Précaution d'interprétation. Déclaratif ; seuil de pauvreté : 60 % du revenu médian par unité de consommation ; montant de la dépense fixé par l'enquête. Association, non cause : la position dans la tranche de revenu n'est pas contrôlée.
Eurostat, enquête SILC (ilc_mdes04), en % des personnes
Lalut, Stéphane (2026). « Qui peut faire face à une dépense imprévue ? ». Données Eurostat (EU-SILC), relevé du 26 octobre 2026. https://stephane-lalut.com/qui-peut-faire-face-a-une-depense-imprevue/
En trois phrases
Au-dessus du seuil de pauvreté, la part des personnes incapables de faire face à une dépense imprévue est plus de deux fois plus élevée chez les parents seuls que chez les couples avec un enfant. Quand il y a des enfants, l’écart entre foyers d’un et de deux adultes est deux à trois fois plus grand qu’en l’absence d’enfants ; c’est une association, non un effet isolé. Le revenu relatif ne dit donc pas tout de la capacité d’encaisser un choc.
Les données
La part des personnes incapables de faire face à une dépense imprévue, pour la France et l'Union européenne à 27, par composition du ménage et position par rapport au seuil de pauvreté, chaque année depuis le début de l'enquête ; le même contenu existe en CSV, au format long, avec les drapeaux d'Eurostat.
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